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19 avril 2015 7 19 /04 /avril /2015 14:18
La parabole du semeur comme cheminement d’un seul homme
La parabole du semeur comme cheminement d’un seul homme

Voici une interprétation de la parabole du semeur de mon ami Ivsan

 

LES QUATRE CŒURS

La parabole du semeur comme cheminement d’un seul homme

LUC 84-15 · et aussi Mat 131-23 ou Marc 41-20
5 Un semeur sortit pour semer. Pendant qu’il répandait sa semence, des graines tombèrent le long du chemin où elles furent piétinées par les passants, et les oiseaux du ciel les mangèrent.

6 D’autres tombèrent sur de la pierre où elles n’avaient pas beaucoup de terre.
Elles levèrent aussitôt parce qu’elles ne trouvèrent pas un sol profond, et quand le soleil parut, elles brûlèrent et séchèrent, faute de racines.

7 D’autres graines tombèrent au milieu des ronces et des buissons d’épines.
Les épines poussèrent en même temps que les bons plants et les étouffèrent.
Aucune graine ne donna du fruit.

8 Une autre partie de la semence tomba dans la bonne terre,
et elle donna du fruit qui montait et croissait,rapportant trente, soixante, et cent pour une seule graine.

 

"Le chemin, les pierres, les buissons et l’humus. Tout lecteur de la parabole du Semeur reconnaît aisément ces quatre terrains où tombent les graines du semeur. Et tous les commentateurs sont persuadés que le Christ veut parler ici de quatre types de personnes, de quatre catégories d’auditeurs. Je me plais toutefois à ne voir là qu’un seul auditeur. Les quatre terrains sont en réalité les quatre cœurs de l’homme — d’un seul et même homme.

1 · Le Chemin : les graines sont piétinées par les passants et mangées par les oiseaux.

La première terre où tombe la semence est, d’un point de vue humain, la plus spirituelle. Elle est faite d’un asphalte noir, bien régulier, propre et plat, luisant et pur, consciencieusement élaboré et de haute technologie. Ce premier terrain en forme de boulevard est la position de l’homme parfaitement encadré par un code de conduite des plus moral. Fondu dans ce premier cœur, l’asphalte des Lois y trace un chemin sur lequel l’homo sapiens s’efforce d’étaler toute sa gloire. C’est le cœur de l’homme religieux, du sage ; là où les dieux de la Torah travaillent de concert avec les dieux de l’athéisme et de l’humanisme. Ces divinités, avatars de la pure Raison, planent au-dessus de la terre et gèrent notre réalité par leurs inflexibles Lois. C’est pourquoi lorsque l’Évangile est semé dans un tel cœur, aussitôt les Êtres-ailés de la logique scientifico-religieuse viennent dérober cette semence. « Quel est donc ce clown qui ose défier notre autorité ? » se demandent les majestueux volatiles. Ainsi ôtent-ils la semence du cœur de cet homme dont ils sont les maîtres. La parole de l’Évangile est selon eux bien trop bécasse et archaïque pour être reçue dans l’éminence d’un cœur qu’ils ont fait évoluer en lui injectant de hautes connaissances. Toute possibilité de quitter la grande route est de ce fait retirée à l’homme. C’est-à-dire toute possibilité d’entrer dans le doute — d’entrer dans la Foi.

Ce que les dieux ignorent, c’est que la semence de l’Évangile est dans un premier temps un feu jeté dans le cœur. Elle est en vérité une charrue qui commence son étrange labeur : retourner le cœur de l’homme, le labourer, contester les lois morales et scientifiques qui le régissent. Petit à petit le Semeur veut conduire l’homme dans un Autre monde. Là-bas, les dieux et les vérités retrouvent leur position de valets.

2 · Les Pierres : les graines germent aussitôt, mais, faute de terre, elles sèchent l’instant d’après.

C’est dans ce contexte que surgit le drame, l’épreuve, la chute – la chaleur suffocante du doute contre lequel l’individu s’était pourtant consciencieusement protégé. Le malheur vient à la rencontre de l’homme et le désespoir l’envahit. Quittant alors la route bétonnée du début, il aborde sondeuxième cœur. Là, en quête de solutions, il s’écarte du chemin des sages et ose rejoindre les endroits pierreux d’un discours nettement moins conformiste et systématique. Et c’est dans ce nouvel enthousiasme qu’il voit soudain la graine évangélique éclore en lui. Elle lui apporte l’espérance au milieu du bouleversement qui vient de le toucher – celle d’une sortie extraordinaire de l’épreuve. À genoux, les mains tendues vers le ciel, pleurant, chantant, louant le Dieu, voici notre homme au milieu du deuxième terrain : il est en train d’ouvrir son deuxième cœur.

L’Évangile vient de germer à une rapidité quasi-technologique qui rappelle la construction de la première route que notre homme croit pourtant avoir définitivement quittée. Quel est donc cet Évangile ? C’est l’Évangile de l’artifice, de l’immédiateté, de cette foi qui veut voir pour croire ; une foi qui n’est donc pas la foi. C’est l’Évangile qui ne tolère pas l’épreuve. Aussi a-t-il précisément été réécrit pour devenir une sorte de gri-gri anti-épreuve. Mais bien entendu, la réalité avec ses adversités ne recule pas devant les chimères et autres amulettes de ce genre… quand bien même on les baptise du noble nom du Nazaréen ! La chaleur suffocante des circonstances n’est en rien affectée ni intimidée par l’éclosion d’une vérité qui n’est qu’une pseudo-révélation. Bien au contraire, devant la déception, l’impuissance et l’espoir déchu, et tandis que la croyance s’évapore sous la chaleur, la fournaise est alors doublement ressentie par l’individu. En un rien de temps le bel enthousiasme pour l’extraordinaire brûlera. La spiritualité de ce cœur bienheureux va sécher sur place plus vite encore qu’elle n’a poussé.

3 · Les Buissons : les graines tombent au milieu des épines qui étouffent leur germination.

Que fera l’homme parvenu à ce stade ? Ou bien il retournera sur le ruban d’asphalte sécurisé et confortable – sur le premier terrain et dans son premier cœur – plus ou moins enrichi par cette épreuve et vaguement honteux d’un épisode qu’il jugera comme excentrique. Ou bien il persévèrera et accédera à son troisième cœur qui est le troisième terrain.

C’est ainsi que la charrue de l’Évangile progresse. Après avoir retourné le goudron, la semence a certes trouvé des pierres, mais aussi un peu de terre où la pousse était parvenue quelque peu à percer. Désormais le soc du semeur laboure plus profondément dans le cœur et il y découvre beaucoup plus de terre meuble pour y déposer ses graines. Hélas, cette terre est encore trop proche de la première route ; elle est encore trop influencée et polluée par la technologie des terrassiers de la morale, de l’ordre scientifique, de ce monothéisme vociférant ses lois du bien et du mal. Cette terre-là, ce cœur-là espère encore faire du semeur un Roi de ce monde : le troisième cœur exige lui aussi de la parole semée un résultat immédiat et un bonheur ici-bas comme preuve de la Toute-Puissance. Incapable de voir ce vers quoi l’Évangile le conduit, l’homme reste donc maladivement en souci du monde, de sa sécurité, de sa prospérité – de son Ego en somme.

Au cours de cette troisième étape spirituelle, et alors que la croyance semble trouver plus de racine et d’humidité pour s’épanouir, l’attitude commune de l’homme est généralement la suivante : construire une église, une synagogue, une mosquée, une université… et changer le monde ! Plus encore. On transforme les buissons épineux en fleurs religieuses et en couronnes pour orner la civilisation, car on se propose tout simplement au service de la Cité. C’est-à-dire qu’on travaille à enjoliver l’asphalte de l’éminence du premier terrain ; on s’efforce de plaire au premier cœur, de recevoir de lui et avec lui les biens que sait offrir la Terre des civilisés. On se bâtit un Messie à la mesure de l’homme, une idole en vérité, un Dieu qu’on peut vénérer sans se rendre sur les terres de l’impossible, c’est-à-dire sans devoir trouver un nouveau cœur – celui du quatrième terrain.

Ainsi la boucle est bouclée. L’homme de la parabole tourne en rond autour de ses trois cœurs où ce triptyque forme un jeu de miroirs, où chaque cœur est au service de l’autre pour simuler un effet de Progrès. Par un phénomène tantôt antagoniste tantôt auxiliaire, l’ensemble forme un tout cohérent et complémentaire qui produit le fameux processus d’évolution positive de l’homme. Les trois premiers cœurs de la parabole du Semeur sont un seul et même cœur : celui du terreux, celui de l’homo-sapiens pour qui le quatrième cœur reste inaccessible – cette dernière terre de la parabole où vivent les hommes qui ont brisé leurs cœurs glaiseux : qui ont brisé l’Adam.

4 · L’Humus : les graines trouvent une terre riche et bien préparée et la moisson est abondante.

C’est la terre-pas-encore-là. Incognito ici-bas et terre-de-là-bas, elle est l’Autre-homme et un miracle ; elle est cette moisson qui vient, cachée dans la Résurrection et à peine perceptible dans notre réalité.

Le quatrième terrain de la parabole du Semeur, c’est une autre identité. C’est la nature qui naît du Fils de l’homme. C’est cette nature qui a vu le « Non » de l’Évangile labourer toutes les possibilités humaines. Cette quatrième terre est pour l’homme de Foi son véritable cœur, tandis que les trois autres sont la continuelle tentation à rendre le Christ raisonnable et logique, la tentation à faire de Lui un co-bâtisseur des vérités éternelles qui règnent ici-bas de façon si inhumaine. C’est ainsi que l’homme de Foi est, du sein de son quatrième cœur, engagé dans une lutte impitoyable contre ce retour au religieux, au dogmatique, à l’ecclésiastique – contre les trois cœurs du terreux qui gisent encore en lui. Le fruit qu’il produit lors de ce combat est cette authentique spiritualité –entièrement donnée par le Semeur. Un fruit invisible qu’aucune balance ne peut peser ni aucune règle mesurer. Ce fruit-là sera découvert post-mortem, car il ne consiste ni en obéissance, ni en bonnes œuvres, ni en vertus, mais en l’impossible de la Résurrection.

Le poète allemand Rainer Maria Rilke – malgré son aversion pour le christianisme officiel – dit quelque part dans sa correspondance que sa tâche, en tant que poète, consiste à : transmettre à l’homme la familiarité que possède la mort avec les joies et les splendeurs les plus profondes de la vie. Il affirmait que la mort était « la complice de tout ce qui vit. »

Tel est bien le sens de la parabole du Semeur — Le Semeur sortit pour semer… et au fil de cette œuvre incompréhensible, il malmène sans complexe ni scrupule cette complicité logique qu’a la mort avec la vie. Son objectif ? C’est de labourer tes cœurs. Son objectif ? C’est de te tuer ! Aussi a-t-Il dit ailleurs : « Je suis la Résurrection et la Vie », lui qui est venu mettre à mort l'homme et engendrer le fils de l'homme. Car le quatrième terrain c’est cette terre de la Résurrection qu’ici-bas tu ne peux appréhender qu’incognito. C’est cetteidentité extraordinaire vers laquelle le Christ conduit celui qui l’aime… en lui ouvrant la mer rouge ! C’est-à-dire en lui donnant de dépasser, certes, et la Vie et la Mort… mais surtout, les vérités éternelles du grand-Un, de la raison, ces dieux qui ordonnent encore en notre monde et d’une main de fer ces deux Titans de la terre.

Les quatre terrains de la parabole du Semeur sont bien un seul et même cœur ; ils représentent le cheminement d’un homme que l’Esprit emploie à briser ses cœurs de terreux pour découvrir l’impossible cœur de chair que Dieu veut lui donner. Et si aujourd’hui te voilà au bout du bout de toutes tes terres, c’est que peut-être le Christ est en train de te faire entrer dans l’impossible de cette nouvelle vie, de ce quatrième cœur, de ce nouvel être que tu es en vérité et qu’Il ressuscitera un jour ; de ce cœur qui un jour sera rempli d’eau vive et de l’infini des possibles [1]… N’en vois-tu pas l’horizon ? N’en sens-tu pas les effluves ? Si comme moi tu te délectes de cet air-là, si toi aussi tu aimes à te plonger dans les ténèbres de la Foi, espérant qu’il te soit donné du ciel de persévérer jusqu’à la fin dans cet élan… c’est que probablement nous sommesfrères, unis par cet étrange labeur existentiel de l’Esprit. Dans une telle fratrie, tu l’as bien compris, l’Église n’est plus, elle qui gît au milieu des épines et sur les routes goudronnées des gens cultivés et sociables. Car dans une telle fratrie, tu l’as bien compris – tous sont akklésiastiques".

ivsan otets

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