La vie ne se révèle qu'à ceux dont les sens sont vigilants et qui s'avancent, félins tendus, vers le moindre signal.
Tout sur terre nous interpelle, nous hèle, mais si finement que nous passons mille fois sans rien voir. Nous marchons sur des joyaux sans les remarquer. Les sens nous restituent le sens. [ ... ]
Ce que je tente de faire percevoir dans ces frôlements de mémoire, c'est à quel point ces instants de présence aiguë livrent leur sens, et le détiennent. Dans tous ces instants où je suis "touchée", Dieu est au rendez-vous.
Dieu ou comme vous préférez : cette mémoire haute qui m'habite ! L'écho du logion 77 de St Thomas : « Je suis partout. Quand tu vas couper du bois, je suis dans le bois. Quand tu soulèves la pierre, je suis sous la pierre... »
Non pas : je suis le bois, je suis la pierre, mais chaque fois que tu es là, vraiment là, absorbé dans la rencontre du monde créé, alors je suis là ! Là où tu es, dans la présence aiguë, je suis aussi.
Être là ! Le secret. Il n'y a rien d'autre. Il n'est pas d'autre chemin pour sortir des léthargies nauséabondes, des demi-sommeils, des commentaires sans fin, que de naître enfin à ce qui est.